Mickaett

Etat des lieux de la pratique de l’échocardiographie par des paramédicaux sous protocole de coopération en France

Marion Sénac, Infirmière en pratique avancée mention PCS, CHU Rangueil, Toulouse, Décembre 2025

 

La prise en charge des pathologies cardiovasculaires, notamment dans un contexte de vieillissement de la population et d'augmentation des maladies chroniques, nécessite une optimisation constante de l'organisation des soins. En réponse à ces enjeux et dans une volonté d'améliorer l'accès aux soins tout en garantissant leur qualité et leur sécurité, les protocoles de coopération entre professionnels de santé ont été encouragés par les pouvoirs publics (notamment par l’article 51 de la loi Hôpital Patients Santé Territoires de 20091 puis rénové par l’article 662 de la Loi Organisation et transformation du système de santé du 24 juillet 2019).

C'est dans ce cadre qu'un protocole de coopération national majeur, à vocation intrahospitalière, a été autorisé par l'Arrêté du 1er mars 2021. Ce texte permet de formaliser la délégation de l'activité de réalisation et de pré-interprétation d'échocardiographies transthoraciques (ETT) à des Infirmiers Diplômés d'Etat (IDE), en lieu et place du médecin cardiologue avant contrôle et interprétation médicale définitive3.

La mise en place de ce protocole national répond à plusieurs besoins cruciaux au sein du système de santé :

  • Réduire les délais d'accès à l'échocardiographie : En autorisant les paramédicaux formés à réaliser l'examen, le protocole vise à fluidifier la prise en charge et à diminuer le délai d'attente, particulièrement important dans de nombreux territoires.
  • Recentrer l'expertise médicale : Il permet aux médecins cardiologues de dégager du temps d'activité pour se concentrer sur les cas les plus complexes et la gestion des stratégies thérapeutiques lourdes, là où leur pertinence est maximale.
  • Valoriser les compétences paramédicales : Pour les professionnels paramédicaux devenant « sonographeurs cardiaques » (titre dédié à ce statut en Amérique du Nord), ce dispositif ouvre de nouvelles perspectives d'évolution de carrière en reconnaissant et en encadrant légalement des compétences de haut niveau, acquises grâce à un Diplôme Inter-Universitaire (DIU) d'échocardiographie.

Ainsi, ce transfert d'activité s'inscrit dans une logique d'exercice coordonné et pluriprofessionnel, ayant pour finalité d'assurer la continuité et l'efficience des parcours de soins. Sa mise en œuvre sur le terrain et l'adoption de cette nouvelle pratique par les équipes restent des sujets d'étude, c’est pourquoi notre étude propose ici un premier état des lieux réalisé sur la base d'un sondage de juin à décembre 2025.

Matériels et méthodes

Cette étude repose sur une approche quantitative transversale par sondage, visant à évaluer l'état des lieux de la pratique de l'échocardiographie par les paramédicaux formés et exerçant dans le cadre du protocole de coopération national.

1. Population et période d'étude

La population cible de cette enquête est constituée par l'ensemble des professionnels paramédicaux remplissant les deux conditions suivantes :

  • Être titulaire d'un Diplôme Inter-Universitaire (DIU) d’échocardiographie. A la question portant sur les représentations des professions, ont été inclus les répondants en cours de formation.
  • Exercer sous un protocole de coopération relatif à la réalisation et à la pré-interprétation de l'échocardiographie transthoracique (ETT).

La collecte des données a été effectuée sur une période de six mois, allant de juin 2025 à décembre 2025.

2. Méthode de collecte des données

Le sondage a été conçu sous la forme d’un questionnaire auto-administré en ligne (via un outil de formulaire sécurisé). L'accès au questionnaire a été facilité par un QR code unique assurant la simplicité et la rapidité de participation.

La diffusion a été réalisée via trois canaux principaux afin de maximiser sa portée auprès de la population cible :

  • Congrès Paris Echo (Juin 2025) : Diffusion du QR code lors de cet événement majeur de l’imagerie cardiaque, garantissant une exposition directe aux professionnels concernés.
  • Réseaux Sociaux Professionnels : Diffusion auprès des communautés en ligne des Infirmiers en Pratique Avancée (IPA) de Cardiologie, assurant un ciblage des professionnels à forte implication clinique.
  • Collège des Paramédicaux de la Société Française de Cardiologie (SFC) : Utilisation des canaux de communication officiels du collège pour atteindre un large éventail de paramédicaux impliqués dans la cardiologie.

3. Variables étudiées

Le questionnaire était structuré autour de deux axes d’analyse :

Axe d'Analyse

Variables Etudiées

Profil Démographique

Diplôme initial (Infirmier Diplômé d’Etat, Infirmier en Pratique Avancée, Manipulateur en Electro - Radiologie Médicale), année d’obtention du DIU, lieu d'exercice, type de centre (Centre Hospitalier Universitaire, Centre Hospitalier, établissement privé, cabinet libéral).

Pathologies / suivis délégués

Insuffisance cardiaque, syndrome coronarien aigu / cardiomyopathie ischémique, valvulopathie, suivi prothèse valvulaire, accident vasculaire cérébral / fermeture foramen ovale perméable, hypertension artérielle, cardiomyopathie hypertrophique, cardio-oncologie, hypertension artérielle pulmonaire, cardiopathie congénitale.

 

Résultats

Image1 5

Image 2

Image 3Image 4

Discussion

Les résultats de notre sondage confirment un déploiement progressif du protocole de coopération en échocardiographie avec 57 répondants déclarant exercer effectivement sous ce cadre légal.

Quant à la distribution des professions paramédicales, les Infirmiers Diplômés d’État (IDE) se révèlent être les plus représentés. Bien que plus récente, la profession d'Infirmier en Pratique Avancée (IPA) manifeste un engouement notable, comme le suggère le nombre significatif de répondants en cours de formation. Cependant, les Manipulateurs en Electro-Radiologie Médicale (MERM) affichent une représentation plus marginale. Leur lien avec l’imagerie en général n’étant pas à démontrer, il est toutefois à noter qu’ils ne sont pas nominativement inclus dans l’intitulé du protocole de coopération, soulevant ainsi une réflexion à mener.

La répartition sur le territoire est certes inégale, mais fait néanmoins apparaitre une homogénéité de déploiement au sein des établissements de santé (CHU, CH ou Etablissements privés) à l’exception des cabinets libéraux.

L'analyse des années d’obtention du DIU parmi nos 57 répondants met en évidence un essor récent de la pratique, en particulier depuis le passage de protocole local à national, un phénomène qui pourrait également être corrélé à la création d’une version paramédicale du DIU à La Sorbonne ou de l’apparition de la pratique avancée en France. Cette observation est faite sous réserve de la non-exhaustivité des réponses collectées.

Enfin, il est constaté que peu de contraintes pèsent sur la participation des sonographeurs au suivi des patients. La principale restriction semble émaner du centre d'exercice lui-même, dans la mesure où tous les profils de patients ne sont pas systématiquement rencontrés dans l'ensemble des laboratoires.

 

Limites

Le principal biais de ce travail réside dans la méthode de recrutement par diffusion sur des réseaux sociaux et professionnels, il pourrait donc malheureusement exister une sous-estimation en raison de paramédicaux non touchés par ces canaux de communication ou faisant le choix de ne pas participer à l’étude.

 

Perspectives d'évolution

Bien que la période d'étude initiale (de juin à décembre 2025) permette de réaliser ce premier état des lieux, nous reconnaissons la nécessité d'une veille dynamique. La collecte de données pourra être poursuivie après la diffusion de ces résultats initiaux afin de compléter la cartographie nationale et de disposer de données actualisées, permettant ainsi d'évaluer la progression et l'évolution de la pratique dans le temps. D’autres axes d’analyse pourront aussi être intégrés par la suite pour étudier de nouvelles variables et approfondir le sujet.

 

Conclusion

Cette étude a permis de réaliser un premier état des lieux de la pratique de l'échocardiographie transthoracique par des paramédicaux titulaires du DIU exerçant sous protocole de coopération en France. Nos résultats confirment l'engagement des professionnels, tant paramédicaux que médicaux, à s'inscrire dans cette nouvelle organisation, au sein d’établissements publics comme privés.

Néanmoins, les limites méthodologiques de notre travail appellent à la prudence dans l’extrapolation des chiffres. Les axes prioritaires de nos travaux futurs incluront donc de nouvelles variables mais aussi la consolidation de l'échantillon en intégrant les professionnels récemment diplômés ou non atteints par les premiers canaux de diffusion afin d'obtenir une vue plus juste de la population réelle des sonographeurs de France.

 

Bibliographie

1. Article 51 de la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l'hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires (JORF n°0167 du 22 juillet 2009)

2. Article 66 de la loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019 relative à l'organisation et à la transformation du système de santé (JORF n°0172 du 26 juillet 2019)

3. Arrêté du 1er mars 2021 relatif à l'autorisation du protocole de coopération « Réalisation d'échocardiographie par un professionnel non médecin : enregistrement et pré interprétation des paramètres écho cardiographiques trans-thoraciques (ETT) par une infirmière diplômée d'état (IDE) en lieu et place d'un médecin cardiologue avant contrôle et interprétation médicale définitive » (JORF n°0053 du 3 mars 2021)

 

Vous devez être connecté pour poster un commentaire